Des caribous au pays du couscous

Le ramadan séduit de plus en plus les jeunes

 

Le ramadan séduit de plus en plus les jeunes

Cécilia Gabizon
21/08/2009 |
Un marché de Marseille, le 1er septembre 2008, au début de la période du Ramadan.
Un marché de Marseille, le 1er septembre 2008, au début de la période du Ramadan. Crédits photo : AFP

Près de 70 % des musulmans de France disent jeûner durant le mois du ramadan, qui commencera samedi.

«La semaine prochaine, tous les cafés seront vides ici», parie Kamel Amza, élu municipal de La Courneuve, en région parisienne. Car le ramadan est devenu la norme dans les quartiers à forte concentration musulmane. Ce mois de jeûne, qui commence samedi, proscrit toute boisson ou nourriture du «lever de l'aube» (vers 5 h 15 dans la région parisienne) au coucher du soleil (vers 21 heures). Il devrait être particulièrement éprouvant cette année, car les journées sont chaudes et longues.

En 2006, 90 % des musulmans assuraient pourtant qu'ils jeûnaient, dans un sondage CSA pour l'hebdomadaire La Vie. Une proportion assez invraisemblable, d'autant que les enfants qui ne sont pas pubères, les femmes enceintes, les vieillards et les malades ne sont pas tenus à la diète. Mais cette affirmation indique combien il est désormais important d'afficher son respect du ramadan. «C'est la pratique collective par excellence. Même ceux qui se déclarent juste d'origine musulmane, assurent le suivre à 40 %», rappelle-t-on à l'Ifop où l'analyse de plusieurs enquêtes situe plutôt à 70 % la proportion de jeûneurs parmi les 5 millions de musulmans en 2007.

Tradition ancrée chez les immigrés, le ramadan a d'abord décliné parmi la seconde génération. Mais la tendance s'inverse dans les années 1990, avec la réislamisation des jeunes, notamment dans les banlieues. «On observe un vrai retour aux rites des nouvelles générations», assure le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Or les Français de confession musulmane sont essentiellement… des jeunes.

Le ramadan s'est invité au collège depuis plusieurs années et gagne maintenant le primaire. «Les petits veulent imiter les grands. Les parents ne sont pas toujours au courant», explique Patricia Truong, directrice en primaire à Vénissieux. «L'air du temps est clairement au repli communautaire», affirme l'écrivain et chercheur Abdelwahab Meddeb. «Ce sont des cycles, dopés par les télévisions satellitaires du Golfe, qui diffusent des émissions religieuses toute la journée avec un fort impact sur l'ensemble du monde musulman, y compris en France.» Ceux qui ne pratiquent pas se retrouvent aujourd'hui «en position de se justifier», regrette Tahar, informaticien parisien. Parmi les adolescents, la pression du groupe est forte. Certains se font houspiller s'ils fréquentent la cantine et beaucoup «se cachent pour manger un sandwich», affirme Samira en première à Lyon.

Dès 2004, un rapport de l'Éducation nationale, conduit par l'inspecteur Obin, soulignait les tensions et la surenchère religieuse autour du ramadan : «avec l'interdiction d'avaler le moindre liquide, y compris sa propre salive, qui entraîne la pollution des sols par les crachats et les refus de la piscine». «Les élèves sont épuisés», ajoutait le rapport.

Un marché opaque

Tout comme les salariés, qui doivent conjuguer travail et jeûne. Dans les entreprises qui concentrent beaucoup d'employés musulmans, le rendement s'effondre l'après-midi. Les patrons gèrent cette période «en fonction d'un rapport de force : soit les employés musulmans sont majoritaires et le rythme de travail est adapté. Soit c'est l'inverse, et les pratiquants sont plutôt ostracisés», explique l'anthropologue Dounia Bouzar, qui publiera une vaste enquête sur l'islam dans l'entreprise à la rentrée.

Des secteurs entiers vont donc vivre de près le ramadan. Mais ce mois de fête religieuse est aussi un créneau pour les entreprises qui lorgnent sur le segment «ethnique» prometteur. Ces dernières années, l'offre de produits s'est multipliée. On trouve près de 400 références halal chez Casino qui a également créé, comme d'autres distributeurs, sa propre gamme, en espérant s'établir sur un marché encore tenu par les épiceries et les bouchers. Mais le halal reste un marché opaque, avec des certifications dispersées et, faute de garanties, moult rumeurs sont capables de faire tanguer la notoriété d'une marque.

 

LE FIGARO



25/08/2009
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