Des caribous au pays du couscous

«Il faut lancer un plan d'action national de l'économie de l'eau»

Interview avec James MacGregor, expert canadien en environnement installé au Maroc.

Le Matin : Le réchauffement climatique est devenu une réalité. Que peut faire le Maroc pour réduire les impacts de ce phénomène ?

La pollution est la principale cause du réchauffement climatique. Les Etats-Unis et l'Europe en sont les principaux responsables. Après 2010, ce sera l'Inde et la Chine qui s'ajouteront à la liste.

Pour ce qui est du Maroc, pays aride, il pourrait jouer un rôle international de leadership, quant à la lutte contre les effets de serre.

Mais avant de jouer ce rôle, « nous devons nettoyer notre propre maison ». Cela devrait se traduire à tous les niveaux.

Les patrons devront entreprendre des audits de leurs unités industrielles, pour se mettre en conformité avec les normes de protection de l'environnement, les partis devront inclure dans leurs programmes la préoccupation environnementale et les écoles devront se mettre toutes à l'éducation environnementale.

Le manque d'eau sera l'un des grands problèmes pour le Royaume. Quelles solutions proposez-vous pour éviter la catastrophe ?

Le réchauffement de la terre est une menace pour notre planète et pour les régions arides comme le Maroc. Les prévisions indiquent que les Marocains pourraient s'attendre à un grand déficit d'eau pour les deux prochaines générations. Face à ces pronostics, il n'existe ici presque aucune mesure d'économie de l'eau.

Il faut faire deux choses : réduire notre consommation et recycler l'eau. Le secteur hôtelier à Agadir serait un bon cadre pour lancer l'expérience. Cette région commence à connaître un stress hydrique. Quant aux hôtels, à ma connaissance, aucun d'eux n'utilise dans ses douches des restricteurs (low-flow) d'écoulement d'eau. Ces mesures d'économie sont prises dans les hôtels européens.

Le ministre du Tourisme, Adil Douiri, a annoncé une politique pour le tourisme responsable, mais il doit être soutenu par des actions immédiates du secteur touristique.

Dans les situations de crise, vous dites qu'il faut un «leadership». D'après vous qui, porterait la flambeau ?

Dans les temps de crises, il faut un «leadership» pour créer une mobilisation. L'ONU estime que dans 25 ans, deux personnes sur trois vivront dans des régions à stress hydrique. Le Maroc sera l'un des pays les plus concernés par cette pénurie. Le Royaume doit lancer une initiative nationale pour la conservation des ressources hydrauliques ou un plan d'action national pour l'économie de l'eau. Cette approche fonctionne avec la «Vision 2010», pour attirer 10 millions de touristes.

Il faut s'inspirer des enseignements (hadith) du Prophète Mohammed, qui conseille de « ne pas utiliser l'eau en excès (tusrif) même si vous vivez près d'un fleuve». Le Coran fait beaucoup référence à l'eau (ma') mentionnée 63 fois et aux rivières, 52 fois.

Vous affirmez que notre pays est en retard en matière de protection de l'environnement. Quelles sont les choses qui vous ont choqué ?

Les pays en voie de développement n'ont pas encore pris conscience des enjeux environnementaux. Leurs dirigeants déclarent s'occuper en priorité de problèmes cruciaux tels que la lutte contre la pauvreté. Mais soulignons que la protection de l'environnement est devenue actuellement un des défis à relever dans le monde.

Je travaille dans le tourisme et parmi les plus grands reproches faits par les visiteurs étrangers au Maroc, figure la présence de déchets et d'ordures sur leur passage. C'est un spectacle très choquant pour les touristes qui dénoncent le nombre des sacs en plastique à proximité de villages ruraux pittoresques ou les plages sales. Cela entraîne une mauvaise image pour notre beau pays. Pour ne citer qu'un exemple, le Bangladesh, un des Etats les plus pauvres au monde, a éliminé les sacs en plastique il y a dix ans.

Quelles sont vos propositions en matière de sauvegarde de l'environnement ?

L'avenir appartient aux générations futures et nous n'allons pas leur léguer une planète détériorée. Au Maroc, nos étés deviendront de plus en plus chauds. Pour ce qui est de la richesse halieutique, la plupart des poissons disparaîtront en 2050.

Je viens d'apprendre que Stephen Hawkins, peut-être le scientifique le plus brillant de ma génération, a informé les politiciens du réchauffement climatique.

Les Marocains devraient commencer par recycler l'eau, planter des arbres, améliorer la qualité des sols, inciter les industriels à ne pas polluer nos ressources, et n'acheter que les produits d'entreprises respectueuses de l'environnement.

Vous dites que les déchets ménagers créent un impact négatif sur le tourisme. Que proposez-vous pour remédier à cette situation ?

Le Maroc produit annuellement 5 millions de tonnes de déchets ménagers. Nous utilisons un milliard de sacs en plastique par an. La grande partie de ces ordures ne va jamais dans une décharge contrôlée. Nous la retrouvons sur des plages et aux abords des villages.

Une douzaine de villes, telles que notamment Meknès, Oujda, Safi et dernièrement El Jadida, ont mis en place des décharges contrôlées. Les autorités doivent être vigilantes quant à la délégation de l'assainissement solide et liquide. Il faut qu'elles s'assurent que les entreprises concessionnaires sont de véritables défenseurs de l'environnement.

Le Matin, 29/01/07



05/02/2007
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 82 autres membres